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© 2008 FRANZ EDITIONS

L'histoire du Petit Grimoire Céleste se déroule entre les mois d'avril et de mai de l'année 1910 dans un petit coin du royaume de Belgique coincé entre la ville de Tournai et la frontière Franco-Belge. Le récit débute dans un château imaginaire, nombreux dans cette zone géographique maintes fois conquise par les grandes puissances militaires Espagnole, Française et Hollandaise. Le château de Clermecourt est un ancien château féodal où vit, dans l'oubli de ses parents, le jeune Alexandre.

 

 

 

 

 Extraits :

 

 

  Pointée vers le ciel comme un index de pierre depuis quatre siècles, la tour du château de Clermecourt terminait de glisser silencieusement dans la nuit en regardant disparaître le soleil sous l'horizon. Austère dans son armure de briques anciennes, elle trônait magistralement entre deux donjons trapus que deux cônes d'ardoises couronnaient. L'extrémité de cette tour d'un autre âge érigée en prévention de toute attaque était découpée par de larges créneaux qu'un cercle de pierre soutenait en contrefort. A l'intérieur, un escalier enroulé sur lui-même filait jusqu'au sommet où un guetteur observait au loin les innombrables clochers de la ville de Tournai qui basculaient à leur tour dans l'obscurité précoce d'un crépuscule d'hiver. (...) Posté entre deux créneaux, Alexandre avait enflammé la mèche de sa lampe tempête. Seul dans la nuit, il contemplait Vénus qui brillait comme un phare signalant d'invisibles récifs à l'armada du ciel. Prés de lui, il avait ouvert un cahier où étaient dessinées toutes les constellations du ciel s'enroulant autour de l'étoile polaire. Perché sur cette tour qui lui servait d'observatoire, il y restait des nuits complètes, rêveur et poète. Il avait fait des étoiles ses confidentes et aimait les appeler du regard. Elles étaient pour lui les seules à pouvoir comprendre sa détresse.

 

(...)

 

 

Seuls quelques réverbères clignotaient prés des routes. Autour d'eux, des ombres fuyaient d'invisibles poursuivants. Un léger vent soufflait dans les arbres, qui frissonnaient comme des milliers de galets brassés par la houle d'une mer agitée. Parfois, une chouette ouvrait un oeil cerclé de noir et surveillait, attentive, le drapé ondoyant des plaines où couraient des mulots imprudents. Au loin, trois grands chênes dressés comme des hercules terrassés buvaient les ténèbres avec leurs ramures effilées. (...) La nuit n'avait jamais été aussi proche de lui. Elle l'enveloppait de ses sombres vapeurs et lui soufflait des bruits terrifiants, amplifiés par le froid et repris par l'écho des forêts. Il lutta de toutes ses forces pour ne pas se laisser envahir par un douloureux sentiment de détresse. Mais la peur était là, présente autour de lui comme un rôdeur décidé à ne pas partir.

 

(...)

 

 

Soudain, les lointains où semblent basculer le monde s'allumèrent d'une étrange clarté. Les ombres glissèrent lentement, s'amassèrent dans les vallons et finirent par disparaître comme des flaques au soleil. Une pièce d'or mordue par la brume apparut alors et monta dans le ciel. Fragile, elle revenait des cirques ténébreux où elle avait glissé la veille, emportant avec elle les restes de lumières d'une journée à l'agonie.
Ce mont, c'était le Mont Saint-Aubert, étonnante butte de terre culminant à une centaine de mètres, poquant la plaine et griffant le ciel avec la pointe d'un beffroi d'église.

 

(...)

 

 

Un peu plus haut, la petite église apparaissait posée sur la cime des arbres comme l'épave d'un vaisseau échoué à marée basse. (...) Du sommet, la vue était magnifique et embrassait toute la vallée de l'Escaut. Aucun relief ne venait modeler la plaine et l'horizon était une belle ligne émaciée biffant d'un trait l'émeraude des forêts lointaines. (...) Frileuses, les cinq flèches de Notre-Dame de Tournai émergeaient à peine des brumes matinales.

 

 

(...)

 

 

C'était un coin de forêt, calme et tranquille où serpentaient des ruisseaux argentés. Accrochée à flanc de colline, une prairie faisait un creux, isolée par de grands bosquets d'arbres. C'est là qu'une chapelle s'était réfugiée. Sur son front, des tiges de métal nouées entre elles marquaient 1864. Consacrée à Notre-Dame-De-La-Salette, elle conservait précieusement une statue couronnée d'étoiles. Ases pieds, deux prie-Dieu se tenaient droit.

 

(...)

 

 

 

Seul un mince croissant de lune infusait dans les limbes, fragment d'une prunelle tachée de gris et de blanc piquée sur l'horizon des sommeils où s'allument les étoiles.
Vénus brillait sans partage entre les constellations où s'étaient réfugiés de Dieux antiques qui avait survécu à la chute des empires. Au-dessus d'elle, accrochée à l'axe du ciel, la petite ourse semblait tournoyer comme une fronde entraînant avec elle ces éclats de lumière dans un ballet silencieux et éternel.
Le ciel tout entier attendait son messager vagabond...

 

(...)

 

 

Emergeant dans les lointains de l'histoire où les millénaires se confondent, brisant ses murailles contre les assauts d'innombrables conquérants, tournai avait conservé, de tous les siècles traversés, un monument qui lui permettait de dire qu'elle avait existé.

 

(...)

Ils s'assirent un moment au pied d'une statue au centre d'une place triangulaire bordée de tours et de lanternes.
Un peu étourdis par le monde qui les entourait, ils écoutaient, distraits, une mélodie qui s'échappait du beffroi.

 

 

 

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